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Deux semaines en montagne - Épisode 12

Posté : 03 janv. 2026, 18:57
par Valona
Il neige encore

C'est en rentrant de randonnée, en soirée, que je prends le temps d'écrire ces quelques lignes. Confortablement installée à côté du poêle de faïence qui ronronne. Les plafonniers, alimentés par les panneaux photovoltaïques, éclairent l'intérieur du chalet d'une lumière diaphane. J'adore cette ambiance. Les résistances chauffantes débarrassent les panneaux de la neige. Système Allemand. Comme à chaque fois, je relate ici les anecdotes de la veille. Je partage donc nos aventures de hier, vendredi. La neige a commencé à tomber pendant le repas de midi. Debout dès huit heures, j'ai aidé papa à préparer le petit déjeuner. Nous traînons à table. Il fait sombre avec ce ciel encombré de lourds nuages noirs. C'est menaçant tout le temps. L'entraînement à la cave. Une heure à nous défoncer dans des exercices qui peinent à nous réchauffer. Cela devient très désagréable d'être en sueur sous mon survêtement de sport par ce froid. Pas de douche pour moi, c'est le second jour de mes "petits machins". Toilette au lavabo. Je rejoins papa à la cuisine. Il prépare la pâte pour les deux grosses miches. Je m'assure que la cuisinière à bois offre sa chaleur d'enfer habituelle.

Pour le repas de midi, ce sera des tourtes aux poireaux. Maman lave et coupe les gros poireaux. J'étale la pâte feuilletée achetée l'autre jour au Lidl. Je concocte la Béchamel. Les poireaux, ébouillantés quelques minutes, sont égouttés. Maman les rajoute à la Béchamel pendant que je râpe une grosse quantité de gruyère de Comté. Une véritable montagne sur la planche du plan de travail. Il faut l'incorporer à la Béchamel dans la plus grosse casserole de la cuisine. Je mélange afin de rendre le tout homogène et onctueux. Maman verse la préparation sur les quatre pâtes étalées. Dans de grands plats ronds aux bords hauts. Je recouvre des fines feuilles de pâtes gardées à cet effet. Il faut soigneusement jointer les bords. Maman trace les sillons avec une fourchette. Sans appuyer. Je badigeonne le mélange œufs, lait et crème fraîche sur le dessus. Papa sort les deux superbes et énormes miches du four. La chaleur est d'enfer. Nous enfournons les deux premières tourtes. Elles dorent à vue d'œil. Les mamies disposent les assiettes, les couverts et les verres. L'eau pure de la montagne est un vrai délice. Quel goût ! Elle ne contient pas l'habituel fluor, ce poison chimique obligatoire dans les eaux de nos robinets et du commerce.

Nous savourons ce repas succulent vers midi quarante. Pour ce soir, il n'y aura qu'à faire cuire les deux autres tourtes. Maman ne les met pas dans le réfrigérateur. Le cellier, pas chauffé, avec moins dix degrés, saura les conserver parfaitement. Il faut toutefois les protéger des souris et des mulots. Rongeurs inévitables dans ces maisons d'altitude, vides et inhabitées hors périodes de vacances. Je n'en ai pas encore vu mais on les entend la nuit. Accompagnées d'une salade de tomates, ces tourtes nous ont bien alourdi. Nous traînons à table, bavardant, en regardant tomber la neige. C'est dommage car nous approchons de la pleine lune de samedi. Et une pleine lune en altitude est un spectacle somptueux. Majestueux. Elle paraît deux fois plus grande. Et avec les puissantes paires de jumelles dont nous disposons, la vue aurait été extraordinaire. La vaisselle. Les chansons. Nous nous vêtons chaudement. Pour refaire de la toile cirée ou de la luge, le cœur n'y est pas. Tout est blanc mais sous un ciel crépusculaire qui rend le paysage assez sinistre. Cela donne l'impression d'être dans un monde clos. Un peu comme si nous évoluions dans une de ces boules en verre qu'il faut secouer. Nous montons la pente en file indienne jusqu'aux falaises. Il y a partout des traces d'animaux, sangliers, chevreuils, biches ou encore renards et belettes.

Nous faisons le circuit inverse en prenant le sentier de gauche. Nous nous félicitons d'avoir pris le courage de sortir malgré l'ambiance qui pourrait rendre claustrophobe. Voilà l'autre ferme auberge. Nous y entrons. Plein de monde. Les amoureux de la montagne ne se laissent pas décourager par une météo peu encourageante. Mon Dieu, que ces chocolats chauds son bons. Nous sommes attablés à côté d'un groupe d'Américains avec qui nous faisons connaissance. Deux couples. Ils sont du Kentucky et passent chaque vacances de Noël dans les Alpes. Ils feront un tour chez nous, au chalet, demain en début d'après-midi. Je suis grande avec mon mètre quatre vingt deux, mais une des femmes me dépasse de presque une demi tête. Un mètre quatre vingt onze. Les Américains sont pour la plupart très grands. Je suis impressionnée, c'est assez rare. Elle s'appelle Brenda et est professeur à l'université. Elle nous montre son Instagram. Sur des vidéos, on la voit se balader dans les rues de Lexington. Hyper élégante et sexy. Tout le monde se retourne sur son passage. C'est à la fois étonnant et amusant. Son mari est aussi grand que papa avec son mètre quatre vingt seize. Maman est de la même taille que moi. Nous sommes des nains avec ces géants. Tout le monde est grand dans la famille. Mais là, c'est phénoménal. Mes papys et mes mamies sont grands également. Nous faisons évidemment des photos.

Nous nous promettons de nous revoir demain. Nous contournons la montagne dans le crépuscule naissant. Les lampes frontales sont d'une aide précieuse. Avec la neige, les sentiers ont presque disparu. Pas d'inquiétude. Il suffit de suivre le haut des piquets des clôtures. L'épaisseur de la couche blanche doit bien voisiner le mètre. Nous nous enfonçons jusqu'aux genoux à presque chaque pas. Ce qui rend la marche pénible. Il est dix huit heures trente quand nous arrivons enfin au chalet. Des congères se sont accumulées au bas des marches de l'escalier. Pendant que les mamies préparent le repas, j'aide papa à déneiger. Sinon, avec le gel, l'escalier sera impraticable demain. Un des papys jette du gros sel de potasse, stocké à la cave et réservé à cet effet, sur les marches en bois. Jamais, des tourtes aux poireaux n'ont été aussi bonnes. Miam. Nous traînons à table. Papy guitare anime la veillée après la vaisselle. Je suis exténuée. Il est vingt et une heures trente quand je suis sous mes couvertures avec ma chère bouillotte. Je regarde encore quelques vidéos courtes Instagram sur mon I-phone. Qu'il est agréable de s'endormir en entendant des chansons de Georges Brassens.

Deux semaines en montagne - Épisode 13 (suite et fin)

Posté : 04 janv. 2026, 20:23
par Valona
Le dernier jour et le retour

Il est 19 h. Nous sommes arrivés chez nous il y a un peu plus d'une heure. Je suis dans ma chambre. J'ai déjà rangé mes affaires et pris ma douche. Je n'aime pas trop prendre l'avion. Surtout que je crois bien m'être enrhumée. Un souvenir supplémentaire ramené de montagne. À ce propos, je vais relater notre dernière journée de hier, samedi. Une belle surprise au réveil vers huit heures. Un ciel bleu avec quelques nuages d'altitude. Tout est blanc. Entre les prévisions, les pronostics, les projections météorologiques des médias et la réalité sur le terrain, il y a le plus souvent un gouffre. Ce qui fut le cas à plusieurs reprises durant ces deux semaines passées en altitude. Mamie maternelle écoutait sa station préférée, "Sud Radio". Elle s'écriait : << Super ! Demain, il fera beau ! >>. En fait, il faisait gris, moche et il neigeait. Je ne prête aucune foi aux assertions souvent fantaisistes si pas mensongères des médias lambdas. Le pain de papa, aux noix et aux amandes est délicieux. Nous en avons ramené un peu. Les tranches, tartinées avec du beurre aux cristaux de sel de Guérande. Recouvertes de tranches de bacon et d'œufs au plat. Tout cela agrémente nos petits déjeuners d'une onctueuse douceur. Un petit déjeuner où nous traînons longuement à table. C'était sympathique de faire le bilan de ce séjour. De revenir sur les moments forts.

La vaisselle. Nous avons pratiqué nos gymnastiques à l'étage. Dans le vaste grenier aux poutres apparentes. Il y faisait bien moins froid. Nous avons finalement été stupides de ne pas y avoir pensé avant. Les papys sont venus s'entraîner. À leurs rythme. Ce n'est plus trop leurs tasses de thé même s'ils sont tous les deux plutôt alertes, dynamiques et en excellentes conditions physiques. Nous avons beaucoup ri de leurs facéties. Il faut les voir faire le "poirier" contre les cloisons en racontant des bêtises. Pendant ce temps, les mamies réunissaient les affaires. Le linge sèche très vite dans la salle de bain. Mouillé et suspendu le matin, il est sec en soirée. C'est le troisième jour de mes "petits machins". Je peux à nouveau profiter des plaisirs de la douche. Je ne risque plus d'avoir des crampes ou pire, mal au ventre. Le contact de l'eau ne me sied pas les deux premiers jours. Chacune gère sa "période" au mieux n'est-ce pas. Pour midi, des cuisses de poulets accompagnées de frites. J'aime éplucher les pommes de terre. Les couper. Papa s'occupe de la viande. Il enduit chaque cuisse de moutarde à l'ancienne avant de mettre le grand plat au four. Avec des tomates, de l'ail et de l'oignon. Il faut terminer les légumes. Maman fait l'assaisonnement des endives. Je les lave.

Nous savourons ce repas en revenant à nouveau sur les souvenirs récents. La température extérieure est remontée. Il ne fait plus que moins cinq degrés. Honnêtement, je ne ressens pas de différence dès que la température est sous glace. La vaisselle. Les chansons gaillardes sont motivantes. À peine les dernières assiettes essuyées et rangées que se font entendre des voix puis des pas dans l'escalier extérieur. Surprise. Ce sont nos amis Américains. Les mamies préparent les cafés et les petits gâteaux Suisses aux noisettes. Maman et moi, nous nous retrouvons naines avec ces géants. Eux aussi ont ramené des gâteaux. Des friandises du Kentucky. Nous voilà tous les onze attablés. Nous sommes d'origine écossaise. L'Anglais est ma première langue. Et pourtant, nous ne comprenons pas tout. Les Américains ont des accents en fonction des États d'où ils sont originaires. Un individu du Kentucky ne comprend pas forcément correctement un individu du Connecticut. Nos accents écossais n'arrangent pas les échanges pour eux non plus. Nous rions de nos expressions. Il faut nous voir, parlant, agitant les mains pour tenter de nous faire mieux comprendre. Excellente occasion pour Papy guitariste de réviser le répertoire de Johnny Cash et surtout des Everly Brothers, originaires du Kentucky. Je ne connaissais pas. Ni l'un, ni l'autre. C'est super !

L'ambiance est à son comble car John, le mari de Leslie est lui aussi guitariste. Brenda est assise à côté de moi. Doug, son mari, en face de moi. Ses sourires sont désarmants. Ce qui ne paraît pas du tout déranger Brenda. Nous rions aux éclats aux anecdotes échangées. Nul doute que nous nous sommes faits de nouveaux amis. Il va être seize heures trente. Nous accompagnons nos compagnons de montagne jusqu'à la ferme auberge où ils ont loué un des deux appartements. Nous sommes invités à Lexington. Nous promettons d'y réfléchir. Des chocolats chauds sont obligatoires car ils réchauffent. Eux aussi quittent la France demain. De retour à la nuit tombée, c'est la préparation du repas du soir. Gratin de courgettes et d'aubergines. Il faut les finir. Les tranches de jambon juste sous le gruyère de Comté râpé. Le tout, doré au four. C'est évidemment un vrai délice. Traîner à table est devenu un rituel avant la vaisselle. La veillée. Papy guitare tente de reproduire les suites d'accords appris cet après-midi pour de nouvelles chansons. Une partie de tarot endiablée pour nous. Papa, comme à son habitude à ce jeu, prévient : << J'adore tricher aux cartes ! >>. Et en effet il sort le "petit" à trois reprises, puis le "Joker" deux fois. Tout le monde rit. Il triche tellement mal ! Je laisse tout le monde pour monter me coucher. Il va être vingt deux heures.

Nous avons pris l'avion aujourd'hui, dimanche, à quinze heures. Arrivés à seize heures trente. Ce matin nous avons tout nettoyé pour laisser le chalet dans l'état impeccable où nous l'avons trouvé. Descente périlleuse vers onze heures trente. Repas au restaurant du col. Les adieux jusqu'à dimanche prochain. Papy et mamie paternels nous ont emmené à l'aéroport. L'avion me fatigue toujours beaucoup. Ce soir je suis au lit pour vingt et une heures. À l'heure où je termine ce dernier récit, je suis morte de faim. Ça tombe bien, maman m'appelle depuis le couloir du haut. Demain matin, lundi 5 janvier, je commence à huit heures. L'ambiance de l'université commence à drôlement me manquer. Je vais revoir ma meilleure copine et surtout Jonathan. Mon "géant" à moi. J'espère que mes nouvelles aventures, à défaut de vous captiver, vous ont permis un peu d'évasion. Je pense à toutes celles et à tous ceux qui n'ont pas de vacances aux périodes de fin d'année. Je vous souhaite à tous une bonne reprise.

Bisous

Re: Deux semaines dans un chalet en montagne

Posté : 14 janv. 2026, 17:22
par Numea13
Bonsoir,

Je viens de lire les deux derniers épisodes d’une traite, et franchement… quel souffle. On a vraiment l’impression d’y être, entre la neige qui étouffe les sons, la chaleur du poêle, les repas qui rassemblent tout le monde et cette impression de temps suspendu qu’on ne trouve qu’en montagne.

J’ai beaucoup aimé la manière dont tu racontes les petites choses du quotidien : la cuisine, les entraînements, la vaisselle qui devient presque un rituel, les veillées musicales. Ce sont souvent ces détails-là qui rendent un récit vivant. Et la rencontre avec les Américains apporte une touche inattendue, très humaine, presque cinématographique.

Le contraste entre l’isolement du chalet et le retour brutal à la “vraie vie” à la fin est aussi très parlant. On sent que ces deux semaines ont compté, qu’elles laissent une trace, même avec un petit rhume en souvenir.

Merci pour ce partage, vraiment. Ça donne envie de ralentir, de lever le nez des écrans et d’aller chercher ce genre de moments simples mais forts. Bonne reprise à toi, et au plaisir de te lire si d’autres aventures prennent forme.

J'aime offrir de bons moments de lectures

Posté : 15 janv. 2026, 07:19
par Valona
Chère "Numea13"

Je suis toujours touchée par de tels témoignages. Merci pour le vôtre. Avec mes parents, nous prévoyons de passer deux semaines au soleil durant les vacances de Pâques. Nous n'avons pas encore porter notre choix sur une destination précise. J'aurai donc très probablement un nouveau prétexte à narrer nos aventures.

Bisous

Re: Deux semaines dans un chalet en montagne

Posté : 15 janv. 2026, 12:25
par Capucine
Chouette, hâte de te lire encore :smilingeyes:

A bientôt

Re: Deux semaines dans un chalet en montagne

Posté : 16 janv. 2026, 17:52
par Numea13
Bonsoir,

Merci beaucoup Valona pour ton message, il m’a sincèrement touchée. Comme quoi, ce sont souvent les détails les plus ordinaires qui laissent la plus grande empreinte.

Deux semaines au soleil avec tes parents, ça promet aussi de très beaux souvenirs. Peu importe la destination, je suis sûre que tu sauras en tirer quelque chose de sensible et vivant si tu décides de le raconter. J’aurai plaisir à te lire à mon tour.

Merci aussi Capucine pour l’encouragement, ça fait chaud au cœur.

La bise