Je ne dis jamais à personne combien je me sens différente et seule des autres. Être moi, c’est très dur. J’affiche souvent un sourire et j’essaye d’aider les gens autour de moi. Mon entourage pense que je suis gentille et altruiste, mais en réalité, j’aide les autres comme moi j’aurais voulu qu’on m’aide.
Ma détresse est silencieuse ; personne ne la voit, mais chaque jour je la ressens dans mes veines. Je suis venue dans un monde que je n’ai pas choisi, dans un personnage que je n’ai pas choisi, et un corps que je déteste.
On pense souvent qu’on peut devenir qui l’on souhaite être, mais je crois que c’est faux. Lorsque l’on vient au monde, chacun arrive avec ses lacunes et certaines prédispositions : des personnes en situation de handicap, d’autres HPI, autistes, etc. Et moi, mon poison, c’est ma sensibilité.
À chaque instant de ma vie, je me demande : est-ce qu’il me manque une case ? Suis-je normale ?
Les gens pensent que je me plains pour rien, mais ce n’est pas vrai. Je me suis battue H24, j’ai essayé de changer, mais malheureusement je n’y arrive pas. À force de marcher sur des œufs, à force de survivre sans choix, on tombe dans l’épuisement. Je pense qu’au fond de moi, j’en suis arrivée là : plutôt que de continuer, je préfère ne plus exister, juste pour enfin être moi-même sans avoir constamment à me dire que je suis le problème.
Sur aucun aspect de ma vie je n’ai connu l’aisance : pour certains c’est la parole, pour d’autres le sport ou encore l’art. Moi, c’est rien.
Ce monde cloche. Je pense que j’étais trop innocente pour le voir, que je ne regardais que ce que je voulais voir. Ce que j’ai toujours cherché, c’est d’apprécier la poésie de ce monde, d’essayer de le rendre beau. Dans chaque geste et chaque pensée, j’ai cherché à chérir les autres, mais personne ne m’a comprise.
Je suis dans des études qui me plaisent plus ou moins. Je pensais enfin commencer à recoller les morceaux et à me remettre, mais je suis tombée de haut.
Au point où j’en suis, je préfère ne plus rien espérer, parce qu’au moins je n’aurai pas mal. Je suis déçue aussi de ma psy : elle ne m’apporte pas ce que je veux.
Je dois l’avouer, j’ai perdu la magie que j’avais face à ce monde et désormais, je ne la retrouverai pas.
Je n’arrive pas aujourd’hui à penser à autre chose. On va me trouver défaitiste, on va me répéter que je place mal mes efforts, mais je ne sais plus où j’en suis et je trouve que ma souffrance est incomprise.
J’aimerais que la vie, ou Dieu, viennent me donner des réponses. J’en ai marre. Je ne sais plus ce que je vais faire, mais mon cœur palpite : j’aimerais qu’une maladie ou un accident hasardeux m’emporte.
