Trouver sa place, celle que l'on souhaite bien sûr, mais également celle que d'autres attendent, est une parmi les difficultés majeures de la vie en société, et bien sûr le couple je crois n'y échappe pas.
Dans mon cas je n'évoque pas là le côté purement affectif, émotionnel, sensuel, car avec mon chéri nous sommes totalement fusionnés. Non, ce qui m'interroge, et même m'angoisse maintenant que j'en ai pris conscience, c'est de trouver ma place auprès de lui lorsque son travail l'abîme et que je le sais chercher une forme d'apaisement à mes côtés, car d'instinct je mesure l'importance de ses besoins.
J'ai épousé un médecin à vocation d' urgentiste, et c'est dans ce domaine qu'il va vraiment prendre place en septembre prochain, avec à terme, après cinq années d'expériences obligatoires, le projet d'intégrer MSF ou MDM ,et si bien sûr je l'admire avec une immense fierté, j'ai aussi conscience, pour l'avoir un peu déjà vécu ces deux dernières années lors de ses retours de gardes, des tristesses et questions que parfois il ramène avec lui.
Et c'est bien là aussi qu'est ma place, sauf que je n'ai ni les connaissances, ni le savoir faire pour être certaine d'être celle dont il a besoin dans ces moments là.
Bien sûr j'ai grandi dans une ambiance "Medicale", mais que je considère comme "douce", alors que là où se dirige mon mari il flotte bien souvent la détresse du chaos , et c'est bien autre chose que ce que j'ai connu jusqu'à présent.
Depuis notre rencontre il y a deux domaines où je me suis toujours refusé de poser la moindre question. Un que j'avais accepté depuis longtemps dans les rêves de ma quête d'un amour unique, donc presque forcément tardif, celui de son " avant moi", et là je suis totalement en paix avec mon esprit et mon cœur.
L'autre domaine étant son travail, dans le détail bien sûr, consciente que parfois certains moments sont terribles, et là je ne suis pas en paix avec moi même, car je ne sais pas encore, même mariée, où est ma place ni quel sont ses besoins lorsqu'il rentre défait, blessé, même si jamais une fois il me l'a montré, mais je sens tellement qu'en fait il m'épargne comme il le fait pour tous ceux autour de lui.
Il dit toujours que tout va bien, s'inquiète de moi, me chéri, mais moi j'aimerais aussi partager ses moments difficiles, car je sais qu'il en a bien sûr, mais je n'ose pas en parler, sûrement par ma crainte aussi de ce que je pourrais entendre, sachant qu'il me dira jamais tout car pour lui me, nous protéger est sa raison de vivre.
Bien sur je lui offre mon écoute, ma tendresse, mes baisers, mais il me manque encore quelque chose que je ne saisi pas vraiment pour me sentir à ma place, utile et compétente, dans certain instants de notre vie.
J'espère que ce sentiment disparaîtra tout seul avec le temps, car au fond je ne souhaite pas être trop imprégné par son quotidien loin de moi, je souhaite juste ne pas me tromper dans celle que je suis instinctivement pour lui lorsque que je ressens ses besoins, qui dans ce métier, malgré la vocation, peuvent être de vraies souffrances.
Là aussi il faut que je trouve ma bonne place.
Maly.

